Juil

25

Les caractères arabes aux Comores

By Chamanga

La transcription du comorien

Les Comoriens utilisent, de manière informelle et depuis fort longtemps, les caractères arabes pour écrire dans leur langue maternelle (correspondances familiales, actes de vente, actes de naissance, affiches diverses, etc.). C’était la seule écriture en usage aux Comores, je suppose, jusqu’au milieu de la période coloniale française. Puis, avec l’introduction et le développement de l’enseignement du français, les Comoriens se sont mis de plus en plus à utiliser parallèlement l’écriture latine. Celle-ci s’est trouvée confortée sous le régime d’Ali Soilih (1975-1978) où une vaste campagne d’alphabétisation en caractères latins avait été lancée.  

Pendant longtemps ces  deux écritures n’étaient pas codifiées, chacun se contentant de l’intuition qu’il avait des sons et de la structure de la langue. Ce qui rendait ou rend encore la lecture des textes peu aisée par différentes personnes.

Normalisation de l’écriture

Dans les années 40, un érudit comorien de Mɓeni, Cheikh Kamar-Eddine, avait tenté de remédier à cette espèce « d’anarchie » qui régnait dans ce domaine, en proposant une graphie harmonisée pour l’écriture du comorien en caractères arabes. Dans les années 60, il avait fondé un journal, Mwanɗo, pour populariser son système (Voir à ce sujet l’article de M. Lafon, dans Ya Mkoɓe n° 14-15). Mais n’ayant pas reçu le soutien des autorités comoriennes, en particulier de son ami Said Mohamed Cheikh, il a dû abandonner.

Bien avant Cheikh Kamar-Eddine, vers 1821, un missionnaire anglais, le Révérend W. Elliott, avait préféré l’écriture arabe à la latine pour l’enseignement en langue comorienne qu’il avait tenté de promouvoir dans l’île de Ndzuwani (Voir mon article dans le Ya Moɓe n° 16-17). Mais sa mission d’évangélisation ayant été très mal vue par la société, il a été contraint de quitter l’île en 1822.

Concernant l’écriture latine, plusieurs propositions de standardisation ont vu le jour depuis le milieu des années 70, et la dernière, que nous utilisons actuellement et que nous essayons de populariser, date de 2009 (voir sur Palashiyo et sur le site de la FCC).

Pour revenir à l’écriture arabe, il faut savoir que vers la fin des années 80, sous l’égide de l’ISESCO, un projet de clavier arabe pour toutes les langues africaines, connu sous le nom de « Clavier de Niamey », était proposé. C’était un clavier irréaliste et d’un maniement pas très commode. Je me suis alors penché sur la question. En m’appuyant sur ma connaissance de la phonologie du comorien et en observant la façon dont on transcrivait des mots des langues européennes en caractères arabes, je suis arrivé à pondre un projet que j’avais présenté dans une conférence au CNDRS en 1992 ou en 1993. Par la suite, grande a été ma surprise en constatant que ma proposition de l’écriture du comorien en caractères arabes se distinguait sur deux points de détail de celle avancée par Cheikh Kamar-Eddine cinquante ans plus tôt. Il s’agit de la notation des voyelles « e » et « o ».

Pour Cheikh Kamar-Eddine, il suffisait d’utiliser la même lettre arabe (le ه), mais en jouant sur la forme du caractère, pour obtenir ces deux sons :

Voyelles

A l’état isolé

Position initiale

Position médiane

Position finale

e

 

 

 

o

ه

هـ

ـهـ

ـه

Les autres voyelles sont symbolisées par les lettres suivantes :

Voyelles

A l’état isolé

Position initiale

Position médiane

Position finale

a

ا

ا

ـا

ـا

i

ي

يـ

ـيـ

ـي

u

و

و

ـو

ـو

Exemples :

موانده = mwanɗo

Pour moi, avec l’apparition des nouvelles technologies, je m’étais fixé comme objectif qu’il fallait que tous les sons du comorien puissent être transcrits sur les ordinateurs modernes avec n’importe quel traitement de texte arabe, tout en évitant les signes diacritiques de vocalisation ?

Voici ce que j’ai retenu comme voyelles :

Voyelles

A l’état isolé

Position initiale

Position médiane

Position finale

a

ا

ا

ـا

ـا

i

ي

يـ

ـيـ

ـي

u

و

و

ـو

ـو

e

ئ

ئـ

ـئـ

ـٸ

o

ؤ

ؤ

ـؤ

ـؤ

en sachant que les lettres و et ي sont également des semi-consonnes « w » et « y » lorsqu’elles sont suivies de lettre-voyelle.

Exemples :

مواندؤ = mwanɗo            مواها = mwaha

ميزي = mizi                 مئـزي = mezi

ياهؤوا = yahowa           موئزي = mwezi

ولؤزي = ulozi                باهاتي = ɓahati

بوشوتي = ɓushuti          وپـئـپـؤ = upepo

وپـيسي = upisi           مرؤني = mroni

وكينازا = ukinaza              سيريكالي = sirikali

Pour les consonnes, Cheikh Kamar-Eddine et moi-même sommes d’accord pour l’emploi du signe shadda (ّ ) pour la réalisation des sons proches de ceux des lettres normales, du moins dans leur prononciation classique. Voici mon tableau des consonnes :

ɓ = ب b = بّ c = شّ ɗ = د d = دّ dh = ذ
dj = ج dr = رّ dz = زّ f = ف g = غّ ou ڠ gh = غ
h = ح ou ه j = ژ ou چ k = ك kh = خ l = ل m = م
n = ن ny = نّ p = پ pv = ڤّ r = ر s = س
t = ت th = ث tr = تّ ts = سّ v = ڤّ z = ز
dhw = ض ou ظ sw = ص ou سوـ tw = ط      

Exemples de textes d’illustration dans les deux écritures

Poundja Mahamoud, forum FCC, le 10 juillet 2103 (corrigé)

Marahaɓa, tsumu ndjema, unono, amani na nafasi yindji.

Mngu yakuɓali zeduâ zahatru, yarehemu owarizaya,

n’owarilela, n’emafundi, n’oudjimlifu wah’emaisilamu. Amin

ماراهابا، سّومو نجئما، ونؤنؤ، أماني، نا نافاسي ينجي.

منغّو ياكوبالي زئدوعا  زاهاتّو، يارئهئمو ؤواريزايا،

نؤواريلئلا، نئمافوندي، نؤوجيمليفو واهئ مايسيلامو. آمين

Ramoulati Ben Ali, forum FCC, le 10 juillet 2013 (corrigé)

Tsumu ndjema ha sontsi. Mwezi-Mngu aripve maesha,

na unono, na mariziki ya halali, îshaallah !

سّومو نجئما ها سؤنسّي. موئزي منغّو اريڤئ مائشا،

نا ونؤنؤ، نا ماريزيكي يا هالالي، إنشا الله

 

Pour conclure

Qu’elle soit en caractères arabes ou en caractères latins, l’écriture normalisée du comorien n’est pas encore acquise par la majorité des Comoriens, la langue n’étant pas encore enseignée de manière formelle dans les écoles.

Quant au choix de cette écriture, même si le débat n’est pas tranché, les caractères latins semblent aujourd’hui recueillir l’adhésion du plus grand nombre. Ils sont beaucoup plus répandus dans le monde que les caractères arabes et d’un maniement plus aisé.

Juin

10

Les formes verbales en comorien

By Chamanga

Chers internautes,

Après trois mois de « vacances », jour pour jour, votre école Palashiyo « rouvre » ses portes et reprend ses activités. Pendant toute cette période, le « fundi » n’a pourtant pas chômé. Il est intervenu plusieurs fois sur le site FCC, en abordant des sujets qui n’ont pas été ou ne seront pas traités ici. Il s’agit des questions posées par l’orthographe du comorien ou, autrement dit, de savoir comment écrire les mots en comorien. Il continuera d’ailleurs à le faire, car, voyez-vous, toute langue écrite doit avoir ses propres règles orthographiques. C’est pourquoi il vous invite à rendre régulièrement visite à ce site, et plus particulièrement :

http://consommateurkm.com/?cat=6

et repris par : http://urentre.over-blog.com/categorie-12510529.html

Ce mois-ci, sur Palashiyo, la question relative au système verbal comorien sera traitée en détail. Le texte d’introduction vient d’être enrichi. Les différentes formes verbales seront présentées petit à petit chaque semaine.

Par la suite, d’autres rubriques verront le jour. Elles seront annoncées le moment venu.

Enfin, vos critiques et appréciations seront toujours les bienvenues, car personne ne peut prétendre tout connaître. Par vos commentaires, vous contribuerez à enrichir les débats et amener les uns et autres à approfondir leur savoir.

Chamanga

 

Mar

10

Mise à jour du site (les déterminants et les pronoms)

By Chamanga

Bonjour,

Comme annoncé, nous continuons à mettre à jour notre site. C’est ainsi que la rubrique <Le système nominal> s’enrichit de deux nouvelles pages : les déterminants et les pronoms.

Dans les jours qui viennent, nous allons nous intéresser au système verbal. N’hésitez pas à revenir régulièrement consulter le site.

Bonne lecture et à bientôt !

Mar

1

Quoi de neuf ?

By Chamanga

Suite à l’appel lancé par le groupe des Consommateurs comoriens (Consommateurkm), Palashiyo va reprendre activement le développement du site. Nous allons ainsi continuer à enrichir régulièrement les pages d’initiation à la structure morphosyntaxique du comorien. Une nouvelle rubrique, que nous appellerons Questions-Réponses, va être mise en place très rapidement. Nous essaierons d’y apporter les réponses aux questions pertinentes des internautes. Chaque question aura sa page propre afin de faciliter son indexation et sa consultation. Vous pouvez d’ores et déjà nous écrire à l’adresse suivante :

palashiyo@yahoo.fr

A bientôt !
Chamanga

Jan

7

Bienvenue dans Palashiyo

By Chamanga

Palashiyo est un mot comorien signifiant « école ». C’est un nom composé formé de paya « abri » + la « de » + shiyo « livre », c’est-à-dire « abri pour livre », ce livre étant le Livre par excellence, autrement dit le Coran. Aussi le mot désigne-t-il l’école coranique. C’est un lieu de passage obligé pour tous les enfants comoriens, un lieu d’apprentissage et de socialisation. On y apprend à écrire l’arabe et à mémoriser les versets du Coran. On y apprend aussi les bonnes manières, les règles de conduite, etc.

Ici, dans ce palashiyo virtuel, nous allons apprendre à écrire la langue comorienne en caractères latins et à comprendre comment elle est structurée. Après avoir présenté l’alphabet, nous aborderons la grammaire elle-même. Nous présenterons également au fil du temps des dialogues avec des supports sonores et vidéo.

Cette « école » s’adresse à tous : ceux qui ne parlent pas du tout la langue comorienne et ceux qui la parlent mais qui ne comprennent pas son fonctionnement grammatical.

C’est donc votre école. N’hésitez donc pas à donner votre avis et à poser des questions sur des points qui vous paraîtront obscurs ou pas très clairs. Nous essaierons dans la mesure du possible d’apporter les réponses que vous attendez.